1943-2007, des rafles. Contextes différents, mêmes méthodes. George Gumpel dénonce.

Publié le par D i s s i d e n c e

--------------------  Quand la violence du gouvernement contraint un enfant
caché sous Vichy à faire ce rapprochement tragique. --------------------


Souad BELLEMEDJAHED, étudiante algérienne en Master 2 de Linguistique à
l'université Lumière-Lyon 2, a été arrêtée chez elle mardi 20 février.
Elle est depuis enfermée au centre de rétention de St-Exupéry, dans l'attente
de son expulsion.
http://www.educationsansfrontieres.org ; http://rebellyon.info)

A  l'heure où les chasses à l'étranger se banalisent en France, George Gumpel
s'oppose avec force, au nom de son histoire. Français juif, enfant caché
pendant la seconde guerre mondiale et fils de déporté, il fut partie civile au
procès de Klaus Barbie (jugé à Lyon en 1987). George Gumpel est aujourd'hui
membre du bureau national de l'UJFP dont il est aussi le délégué régional
Rhône-Alpes. L'Union Juive Française pour la Paix dénonce le colonialisme
israëlien en Palestine et lutte pour l'application du droit international.
(Pour en savoir plus sur l'UJFP, lire " Rencontre avec George Gumpel " 
> http://www.dissidence.libre-octet.org/rencontrer/gumpel.html)


Aujourd'hui ce n'est pas son engagement sur la question du Proche Orient que
nous relayons, mais sa prise de position contre le retour des rafles - position
polémique, dissidente, politique.

Voici donc trois courts textes (dont une lettre au prefet de
l'Ain) que George Gumpel a rédigé récemment.



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NON, NOUS NE POUVONS PAS L’ACCEPTER !

 
 
 
 

Non ! Nous citoyens français d’origine juive, membres de l’U.J.F.P. (Union Juive Française pour la Paix), nous ne pouvons pas accepter que cela recommence comme si aucune leçon n’avait été tirée des années noires de 1940 / 1945 et des sombres souvenirs des persécutions antisémites du régime de Vichy.

Nous ne pouvons accepter qu’aujourd’hui encore l’Etranger, l’Autre, soit stigmatisé au prétexte qu’il serait un sans papier, un demandeur d’asile.

 

Rappelons nous :

De ces étrangers combattants de la M.O.I. (Main d’Oeuvre Immigrée), les héros du Groupe Manouchian, ceux de l’Affiche Rouge, entrés dans l’Histoire après des mois de luttes et d’exploits héroïques contre l’occupant, fusillés par les nazis au Mont Valérien le 21 Février 1944.

Tous avaient fui le nazisme, le fascisme, le chômage et la misère ; tous étaient des demandeurs d’asile, des sans papier comme on nomme aujourd’hui leurs semblables.

 

Nous avons connu cela : être coupables innocents.

Nous avons connu cela : une bureaucratie qui devait faire du chiffre, rouage discipliné et obéissant : une bureaucratie qui ne voulait pas savoir, ne voulait pas connaître les conséquences de ses actes.

Nous avons connu cela : une Justice oubliant ses devoirs, se prêtant à la politique du moment comme nous avons pu le voir – ici, à Lyon – dans le cas de la famille RABA avec ses trois jeunes enfants .

Nous avons connu cela : les familles réveillées à l’aube, internées dans des camps hier nommés – en France – camps de concentration, aujourd’hui : centres de rétention.

Nous avons connu cela : les enfants arrêtés dans les écoles, internés avec ou sans leurs parents, laissant leurs chaises vides dans les classes…

Nous avons connu cela : les contrôles au faciès comme on en voit de plus en plus fréquemment – ici, à Lyon – dans le métro, dans les rues.

Nous avons connu cela : les rafles devant la sortie des bouches de métro comme cela s’est produit la semaine dernière Place de la République à Paris à l’heure d’une distribution de soupe par les Restos du Cœur.

 

Non ! Nous ne pouvons accepter les lois et les décrets xénophobes du gouvernement.

Ce sont des relents pétainistes de triste mémoire.

Tout cela est inacceptable, ignominieux, doit être fermement dénoncé et combattu.

 

C’est pourquoi, nous sommes solidaires de ces personnes aujourd’hui discriminées dans notre pays, renvoyées dans des pays dont certains sont soumis à des dictatures impitoyables, dont d’autres sont ravagés par la guerre civile ou ses séquelles, d’autres marqués par le sous développement, le sous emploi et la pauvreté.

 

Nous ne pouvons accepter cette nouvelle chasse à l’Homme dont nous sommes aujourd’hui les témoins.

 
 
 
Union Juive française pour la paix (UJFP) – 21 ter rue Voltaire, 75011 Paris.

Lyon : Union Juive Française pour la Paix c/c C.C.O. 39 rue Georges Courteline 69100 Villeurbanne.








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Un tragique rapprochement
 
 
 
 

Georges Gumpel, enfant juif caché, membre de l'Association de la Maison d'Izieu, écrit au préfet pour réclamer la libération de la famille Gashi.

 
 
 
Monsieur le Préfet,
 
 

Nous venons de recevoir l'un et l'autre, l'invitation de la Maison d'Izieu, Mémorial des enfants juifs exterminés pour assister lundi à la projection en avant-première du film consacré à la mémoire de Sabine Zlatin : « La Dame d'Izieu ». Le carton d'invitation comporte la célèbre photo du groupe d'enfants présents à Izieu au cours de l'été 1943, souriants Nous connaissons la suite.

Aujourd'hui, Monsieur le Préfet, soixante ans après, la politique d'exclusions, de reconduites à la frontière menée par le gouvernement actuel nous replonge dans ce cauchemar. Naturellement, en ce qui concerne les Enfants d'Izieu, nous savons que les nazis sont les auteurs de leur arrestation, de leur déportation. Nous savons tous que la destination finale de ces reconduites à la frontière ne procède pas des mêmes objectifs que ceux visés en 1940/1944, qu'elle ne mène pas aux chambres à gaz nazies. Mais nous savons aussi que la plupart des 11 000 enfants juifs de France qui ont été déportés, gazés à leur arrivée dans les camps d'extermination, ont été arrêtés par la police française en application des mesures mises en place par le gouvernement français de Vichy. Ce lundi 12 février dernier, des policiers en civil, sur instructions de vos services, ont arrêté au petit matin à Oyonnax la famille de M. Gashi avec leur enfant Lorian, âgé d'un an et demi. Son frère Veton âgé de six ans a été, lui, cueilli par ces mêmes policiers lorsqu'il sortait de l'école, attendait le car du ramassage scolaire Ils sont tous les quatre internés aujourd'hui au centre de rétention de Satolas, menacés d'une expulsion imminente vers le Kosovo.

Comment peut-on regarder cette photo de ces enfants d'Izieu dont certains avaient le même âge que Veton aujourd'hui sans frémir ? Comment ne pas faire ce tragique rapprochement, comment oublier ? (..) Au nom de ces enfants qui sourient sur l'invitation, je vous demande -instamment - de rendre la liberté à la famille Gashi et à leurs jeunes enfants comme vous en avez le pouvoir.

 
 
 
 
Georges Gumpel


 

Le Progrès, mercredi 21 février 2007.






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Cauchemar
 
 
 
 

Le mercredi 14 février dernier, j'étais au tribunal pour une « veille citoyenne » comme il nous arrive trop souvent, hélas, de le faire actuellement, pour soutenir des familles étrangères, sans papier, menacées d'expulsion.

Ce jour-là, j'ai vu Veton six ans et la petite Loriane un an et demi dans les bras de sa mère, hagarde, défaite, épuisée, tentant de calmer cette enfant qui n'avait - comme seul jouet - que le bouchon de son biberon. Ce jour-là, les enfants s'appelaient Veton, Loriane, avant : c'étaient Quérim 7 ans, Darhnor 4 ans, Dashroje 3 ans, les enfants de la famille Raba. Se télescopent alors le présent et le passé.

Sur ma table de travail j'ai le carton d'invitation que m'a adressé la Région pour assister le 26 février prochain, en avant-première à l'Institut Lumière, à la projection d'un film en hommage à Mme Sabine Zlatin intitulé : La Dame D'Izieu. Sur ce carton d'invitation, en pleine page, figure la célèbre photo prise au cours de l'été 1943 du groupe d'enfants alors présents à Izieu.

 
 

 
 
 

Veton et Loriane sont aujourd'hui avec leurs parents au centre de rétention de Satolas, risquent d'être expulsés d'un jour à l'autre.

Alors, en souvenir de Miron Zlatin, Sabine qui sera honorée lundi prochain, de Maria et Henri Mathevey qui m'ont caché pendant la guerre en 1943-1944, j'ai écrit à M. le Préfet de l'Ain qui, comme moi, a reçu ce même carton d'invitation, l'a peut être - lui aussi - sur sa table de travail, pour lui demander de tout faire pour sauver Veton, Loriane et leurs parents.

Naturellement, je sais parfaitement que ces « reconduites à la frontière » n'ont rien à voir avec les déportations nazies, mais, soixante ans après, cette politique d'exclusion menée par le gouvernement actuel nous replonge dans ce cauchemar

 
 
 
George Gumpel
 

Le Progrès, vendredi 23 février 2007.

Publié dans Divers

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