La dissidence israélienne

Publié le par D i s s i d e n c e


Lettre au Ministre de la Défense : Shaul Mofaz,


 



 





De Daniel Tsal, ID 7- 20015889

 
Concerne: Mon refus de m’enrôler au sein des FDI.

 
 

Par la présente, je demande, pour des raisons de conscience, à être libéré de  mon enrôlement au sein des Forces de Défense Israéliennes, et autorisé à effectuer un service alternatif indépendant de l’armée. Au cas où je ne serai pas autorisé à être exempté, je me verrai dans l’obligation de refuser de servir. J’ai pris cette décision durant ces six derniers mois, après de longues hésitations, avec la conscience grandissante que, quelle que soit ma décision, elle ne sera pas parfaite, mais seulement la meilleure possible vu la situation complexe qui règne actuellement dans notre pays. Une étude approfondie de tout ce qui s’est passé, et qui continue à se passer dans notre région, m’a conduit à réaliser que cette décision de refus est légitime et même nécessaire. Il ne s’agit pas d’un acte de subversion dirigé contre les fondements même de la démocratie. Les principes de la « seule démocratie du Proche-Orient » sont devenus vides de sens puisqu’ils piétinent les droits d’environ trois million de personnes et, qu’indirectement, ils s’apprêtent à détruire les bases mêmes sur lesquelles l’Etat d’Israël est censé être fondé.

Il y a deux ans, lorsque j’ai reçu mon premier ordre de recrutement, il était tout à fait clair pour moi que j’allais servir dans les FDI. Bien sûr, je portais un regard critique sur le système militaire, mais je ne considérais pas le refus ou l’éventualité de me soustraire au service comme une option possible. Mes parents m’ont élevé dans les valeurs de l’égalité et de la tolérance. L’importance d’accepter « l’Autre » y était fermement implantée. Mais jusqu’il y a un an, je n’avais pas une connaissance solide de l’occupation israélienne, de sa dureté et de son impact sur nos deux nations entremêlées, et donc je ne pouvais pas voir le système militaire comme un instrument qui, tel qu’il fonctionne actuellement, est en complète opposition avec les valeurs que mes parents m’ont enseignées.

Alors que j’étais encore au lycée, je vis le film de Muhammad Bachri, Jénine, Jénine. Ce film m’affecta profondément. Il me bouleversa et m’effraya, car il me fit comprendre en quoi consiste l’occupation israélienne et ce qu’elle signifie. Et cependant, à ce stade, je pensais encore m’enrôler. Depuis lors, j’ai beaucoup lu sur le sujet, je me suis rendu à de nombreuses reprises dans les Territoires Occupés, je me suis engagé bénévolement dans Halonot (Fenêtres), une organisation qui favorise la coopération entre jeunes Israéliens et Palestiniens et qui effectue un travail humanitaire dans les Territoires Occupés. J’ai participé à diverses activités de Ta’ayush’ et j’ai été témoin du travail de ma mère aux checkpoints. Etant devenu témoin de la routine quotidienne de l’occupation, j’ai réalisé que je ne vivais pas dans un pays civilisé qui mène une guerre légitime contre son ennemi, mais au contraire dans un pays qui crée une ségrégation ethnique entre les populations, ce qui fait que certains jouissent des droits de base, alors que les autres sont privés des droits les plus fondamentaux.

 

D’une certaine manière, lorsque je me rendais aux checkpoints, il m’était bien plus difficile d’en surveiller un qui « fonctionnait bien » que d’être présent à un endroit « problématique » où les soldats des FDI agissent plus violemment que de coutume, incitant donc les militants des droits humains à intervenir. Lorsque j’ai constaté qu’un garçon qui venait juste de terminer son lycée appelait le suivant dans la file, l’enjoignant avec une expression condescendante d’ouvrir son sac, j’ai perçu la vérité silencieuse, la vérité de l’occupation : des garçons de 19 ans qui dominent une population entière, hommes, femmes et enfants.

Les crimes dont on entend parler, de temps en temps, lorsqu’un soldat agit de telle ou telle façon, ne sont rien d’autre que la conséquence inévitable de l’occupation.

 Le pire crime dans notre pays, aujourd’hui, c’est la domination et l’oppression exercée sur le peuple Palestinien par le peuple Israélien. Qu’un soldat de 18 ans décide, de son propre chef, quand, comment et qui il va contrôler : que ce même soldat de 18 ans pointe son fusil sur une population impuissante, voilà ce qui constitue le véritable crime, le crime commis par l’Etat, et contre lequel je proteste.


Une expérience me donna un aperçu de l’arrogance et du racisme avec lesquels nous agissons, lors d’une conversation avec un soldat à un checkpoint de la ville de Qalqilya complètement enclavée par le Mur. Contrairement aux autres soldats, il semblait humain, dépourvu d’agressivité. Je fus curieux de connaître ses opinions. Il me déclara qu’il se trouvait à ce checkpoint pour « que les choses se passent de manière plus humaines ». Il dit aussi qu’il ne se préoccupait pas des raisons pour lesquelles l’Etat l’avait posté à ce checkpoint-là, et qu’il s’adressait à la population palestinienne avec grand respect. Et il ajouta une phrase qui me choqua : « Lorsque je parle avec respect à un père palestinien, me dit-il, les enfants de cet homme apprennent à le respecter ». En d’autres mots : les enfants palestiniens ont besoin que les soldats des FDI leur apprennent comment se comporter respectueusement envers leurs parents.

 

Il n’existe aucune justification, en aucune circonstance et en aucun cas, qu’une nation soit dominée, respectivement occupée, par une autre. En ces moments historiques, un individu sain d’esprit doit s’insurger contre le système qui rend possible l’oppression actuelle. J’ai l’obligation morale – ce n’est pas un choix mais une obligation – de refuser de participer à l’occupation et de lutter contre les institutions qui bafouent les droits de l’homme les plus élémentaires. Toute personne saine d’esprit, qui n’a pas encore été complètement envahie par la peur et le racisme, doit, de par sa dignité d’être humain, refuser de participer à un système d’occupation et d’oppression, tel que le sont devenues les Forces de Défense Israéliennes.

Je ne me soucie pas des croyances des Palestiniens, je ne me soucie pas de savoir quel régime ils soutiennent, ni jusqu’à quel point ils luttent pour les droits de l’homme – je n’ai pas le droit de les contrôler et je ne suis pas autorisé à les oppresser. Je pense que nous trouvons tout à fait naturel de voir les Arabes souffrir. Vraiment, c’est aussi simple que cela. Je crois que les mêmes raisons, la même mentalité étriquée et la même haine avec lesquelles j’ai été nourri par les médias ont fait que longtemps, trop longtemps, je n’ai pas compris la relation entre l’occupation et Israël. Et je n’ai pas compris la dureté des actions que mon pays entreprend contre le peuple Palestinien. Je n’ai pas compris que la majorité des Palestiniens ne connaissent rien d’autre qu’une vie remplie de checkpoints, de bulldozers, d’arbres déracinés, d’humiliations et de meurtres. C’est seulement en me rendant aux checkpoints et dans les Territoires Occupés que j’ai réalisé qu’ils étaient simplement des êtres humains, juste comme moi. Et même moi, éduqué à croire que tous les êtres humains sont égaux, et informé par mes parents que tous les Arabes ne sont pas des terroristes, je n’avais pas vraiment compris cela profondément. Jusqu’à ce que je me rende dans les Territoires Occupés et que je vois ce qui se passe là bas.

 

Je crois que si d’avantage d’Israéliens, jeunes gens et jeunes filles, se rendaient avant leur conscription dans les villages palestiniens sous occupation israélienne, le nombre des appelés qui refusent augmenterait. Beaucoup plus de gens réaliseraient combien leur éducation a été biaisée par le système scolaire et par les médias. Beaucoup moins de gens accepteraient le service militaire comme notre devoir évident, et peut-être verraient-ils que cette armée n’est plus une « force de défense » mais qu’elle est devenue une force d’occupation.

Au cours de 37 années d’occupation, nous sommes devenus graduellement plus violents, plus méprisants et plus racistes envers la culture arabe. Il y a quelques mois j’écoutais Irit Linur à la radio. Elle répondait à une critique de Roger Alper envers la télévision, parue dans Haaretz. Roger Alper avait écrit que les chaînes étrangères connues comme CNN ou la BBC avaient tendance à mal prononcer les noms arabes. Il affirmait qu’il s’agit là du résultat d’une attitude condescendante envers la culture arabe. Irit Linur, en réponse à ce point de vue, demandait dans son émission à quelle culture, exactement, Alper se référait. Selon elle, la culture arabe n’est pas seulement inférieure à la culture européenne, elle n’existe tout simplement pas du tout. Malheureusement, il semble que l’opinion de Linur est celle que beaucoup d’entre nous entretiennent en secret, sans oser l’exprimer.

 

D’une certaine manière, j’ai été moi aussi, je pense, affecté par la maladie de la peur, une maladie qui mène au racisme et à la violence. Mais ayant grandi dans une maison et un environnement plutôt humain, cette maladie est restée en veilleuse, jusqu’à ce que je voie des mes yeux comment vit le peuple Palestinien. 

 

Lorsque que je me rendis pour la première fois dans les Territoires Occupés, visitant deux villages, le groupe avec lequel je voyageais et moi même fûmes accueillis avec une grande joie, comme des sortes d’émissaires. L’atmosphère était très bonne et les gens des villages nous traitaient avec chaleur. Des écoliers montèrent même un spectacle spécialement pour nous. Une famille nous offrit un repas chaud, on nous trouva des voitures pour aller voir les environs, et toute la visite se déroula sans le moindre incident. Et pourtant j’étais vraiment effrayé au début. Effrayé par le drapeau palestinien qui flottait. Effrayé par les visages arabes. Il me fallut au moins deux heures pour me sentir à l’aise et pour pouvoir parler avec les habitants de manière détendue. Je me souviens très bien comment un des garçons me serra dans ses bras lorsque nous fîmes connaissance, et voulu me montrer quelque chose. Je refusai d’aller avec lui. Je refusai poliment, mais je refusai, j’avais peur.

 

Je suppose qu’une partie de ma peur était liée au choc que je ressentis en observant la destruction et la souffrance qu’ils vivaient. Mais en  grande partie, c’était ma peur de la différence. En dépit de l’éducation reçue de mes parents, en dépit des valeurs auxquelles je tenais moi même, et que je mettais en pratique, j’étais touché par cette dangereuse maladie. Je crois que cette maladie ne peut être évitée : elle nous contamine à travers les médias, le système scolaire, l’environnement israélien et par l’ombre pesante projetée par des générations de gouvernements israéliens qui nous ont plongés dans ce terrible racisme. Nous sommes tous infectés par la même maladie qui nous permet d’être sereins face à l’occupation israélienne.

Beaucoup de gens utilisent les attaques terroristes comme prétexte à l’occupation. Comme si les Palestiniens étaient des terroristes et que nous étions contraints de poursuivre les punitions collectives pour l’intérêt de la sécurité d’Israël. Je ne pense pas, dans le cadre de ces commentaires, qu’il soit nécessaire de clarifier comment la sécurité, les conditions sociales et économiques du pays ont été corrodées, et comment l’occupation est l’un des facteurs centraux de ce processus de déclin. 

 

Je voudrais dire, dans ce contexte, que chaque pays possède toutes sortes d’organisations, certaines modérées, d’autres radicales. Les organisations terroristes palestiniennes pourraient être comparées aux colons israéliens, à la Kahane ou au mouvement Herut. Dans les pays civilisés, ce sont les organisations modérées qui gagnent la sympathie de la majorité du public.

C’est plutôt dans un pays sous occupation que les organisations radicales vont se renforcer. Comme parmi d’autres nations, il existe des organisations radicales aussi chez les Palestiniens. La question n’est ce pas de savoir pourquoi elles gagnent tant de pouvoir ? Il me semble que c’est le résultat d’une situation dans laquelle une population souffre de l’occupation. Beaucoup de gens qui subissent une humiliation quotidienne vont devenir frustrés et tendre à la violence, ou du moins la soutenir.

Bien entendu, dans une telle situation, le soutien à la paix et à la résistance contre la guerre  vont s’amenuiser.

Quand un jeune de mon âge – ou même plus jeune – est prêt à se mettre une ceinture d’explosif et à se suicider, tuant avec lui beaucoup d’autres gens innocents, je dois me demander pourquoi. Pourquoi veut-il me tuer, moi un Israélien, et pourquoi est-il prêt à se suicider pour cela ? Car ce jeune homme a encore toute sa vie devant lui. Cependant, alors que je peux imaginer devant moi ces années durant lesquelles je pourrai voyager, tomber amoureux, étudier et me cultiver, ce jeune homme est déjà sans espoir. Sa vie est une histoire connue d’avance. C’est une vie de souffrance quotidienne, permanente. Une vie sous occupation.

 

Je ne veux d’aucune façon approuver un tel acte, je ne veux pas le justifier non plus. Ce que je demande est de réfléchir à son existence réelle, d’essayer de comprendre comment cela devient possible, d’essayer de comprendre les origines de cette grande haine à notre égard parmi le peuple Palestinien.

Un argument fréquent à l’encontre des jeunes résistants palestiniens est que leur acte est politique, et donc non autorisé. Il est vrai que tous ces sujets ont une signification politique, mais ceci ne justifie pas une occupation perpétuelle.

 

L’été dernier, j’ai visité deux villages avec l’organisation Halanot. Durant ce séjour, j’ai été témoin d’un spectacle terrifiant, totalement inhumain. Les maisons étaient détruites, j’ai vu des enfants jouer avec les décombres des maisons rasées au bulldozer par les FDI, et, bien au delà de la nuit qui était justement en train de tomber, tout semblait complètement noir. Nous étions là à la fois pour apporter de l’équipement et présenter nos condoléances. Dans le premier village où nous nous sommes rendus, cinq personnes avaient été tuées par les FDI, sans aucune raison. L’une d’elles était un garçon de treize ans, une autre la mère de sept petites filles. Alors que nous étions reçus dans l’une des maisons, j’ai soudain entendu des cris à l’extérieur. Je ne compris pas ce qui se passait. Lorsque que je regardai par la fenêtre, je vis plein d’enfants courir se mettre à l’abri, grimpant sur des barrières ou sur des toits. D’abord je ne compris pas pourquoi, puis je vis qu’une jeep des FDI était entrée dans cette zone. Personne ne tirait de la jeep, et les soldats ne donnaient pas l’ordre de rentrer dans les maisons, mais pour ces enfants la jeep était l’ennemi, l’occupant, qui pouvait faire à peu près tout ce qu’il voulait. Cette peur causée par la simple apparition de la jeep me montra un peu de la réalité quotidienne dans laquelle vit actuellement le peuple Palestinien.

 

Je présume que l’Etat d’Israël n’a jamais attaché la même importance au sang palestinien que celle qu’elle accorde au sang israélien. Mais désormais, le sang palestinien n’a plus de valeur pour nous. Ni pour le gouvernement, ni pour les soldats, ni pour la majorité des gens. Le sang palestinien n’a absolument aucune importance.

 

 

 

Puisque nous, nation occupante, portons une responsabilité significative envers les vies de million de Palestiniens, et parce que nous n’accordons pas d’importance à la valeur de leurs vies, le véritable résultat pour les habitants de Palestine est manifeste. Combien de sang a été gaspillé, et quelle lourde responsabilité je porte, moi citoyen israélien, dans ce carnage «  où l’intelligence s’est abaissée jusqu’à se faire servante de la haine et de l’oppression » ?

 

Dans un article de Haaretz, Seev Sternhell écrit  ce qui suit : «  il n’y a aucun doute quant à la responsabilité d’Israël d’avoir lâché une bombe d’une tonne sur un immeuble résidentiel tuant 14 civils dont neuf enfants, le 22 juillet 2002 à Gaza, mais ceci n’en fait pas un acte légitime et ne supprime pas l’inquiétude concernant la perpétration d’actes criminels sponsorisés par l’Etat. En une telle situation, on n’a d’autre choix que de revenir aux fondements mêmes de sa culture… Cette culture repose, parmi d’autres éléments, sur la croyance que par delà les lois créées par l’homme, il existe des normes de justice naturelle. Le concept des droits humains, lui aussi, exprime la croyance que chaque être humain a des droits naturels, de par le simple fait d’exister, et que personne n’a le droit de l’en priver. » 

 

Durant des années, j’ai toujours pensé servir dans les FDI et n’ai pas mis en cause ce projet. Mais maintenant je sais que le gouvernement d’Israël agit de manière non démocratique et immorale, et je suis incapable de participer à un système qui exerce l’oppression sur une autre nation. L’obligation morale de refuser de participer à ces crimes dépasse mon obligation de citoyen à servir dans l’armée. De surcroît, en tant que citoyen soumis à la loi, j’ai l’obligation de donner la priorité aux valeurs dans lesquelles j’ai été éduqué – les valeurs de la démocratie – par rapport aux valeurs du gouvernement en place. J’ai même l’obligation d’examiner si les valeurs qui m’ont été enseignées dans mes manuels scolaires sont cohérentes avec la réalité dans laquelle nous vivons. Dans ce contexte, je voudrais citer Albert Camus, dans le discours qu’il a prononcé en recevant le Prix Nobel : «  Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d’établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu’elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire

avec tous les hommes une arche d’alliance. Il n’est pas sûr qu’elle puisse jamais accomplir cette tâche immense, mais il est sûr que partout dans le monde, elle tient déjà son double pari de vérité et de liberté, et, à l’occasion, sait mourir sans haine pour lui ».

 

Et Zeev Strenhell dit encore dans l’article susmentionné : « notre politique culturelle a été et demeure sous divers aspects une culture de troupeau. Les Israéliens, par instinct, doivent faire partie de la société, d’un groupe, et le fait d’accepter sans se poser de questions les normes du groupe dominant – quel que soit l’aspect destructif qu’elles puissent prendre – est un modèle normal de comportement ».

 

Lorsqu’on en arrive à ce point là, je ne dois compter que sur moi même. C’est-à-dire que je ne peux accepter sans esprit critique une demande, la conscription, qui est considérée comme évidente, juste parce qu’elle m’a été imposée par le gouvernement, ou juste parce que la « société » a décidé que c’est la bonne chose à faire. Nous avons été témoins, par le passé, d’actes plus terrifiants que la présente occupation. Ces actes ont été commis au nom d’un gouvernement et avec l’approbation publique, et avec le soutien de la société. Cela  ne signifie pas que ces actes en étaient pour autant légitimes, normaux, autorisés, etc.

 

 

 

 

Dans son discours, Albert Camus dit en relation avec ce qui précède : « et je suis même d’avis que nous devons comprendre, sans cesser de lutter contre eux, l’erreur de ceux qui, par une surenchère de désespoir, ont revendiqué le droit au déshonneur, et se sont rués dans les nihilismes de l’époque. Mais il reste que la plupart d’entre nous, dans mon pays et en Europe, ont refusé ce nihilisme et se sont mis à la recherche d’une légitimité. Il leur a fallu se forger un art de vivre par temps de catastrophe, pour naître une seconde fois, et lutter ensuite à visage découvert, contre l’instinct de mort à l’œuvre dans notre histoire ».

 

Bien entendu, je ne crois pas un seul instant qu’en refusant de faire partie du système militaire je suis dégagé de toute responsabilité par rapport à tout ce qui se passe ici, et donc innocent. Mais les FDI sont l’instrument le plus actif utilisé par le gouvernement pour exécuter les crimes mentionnés ci dessus, et pour poursuivre cette occupation intolérable. Et voilà que je suis appelé à prendre une part active à ce système. Je considère chaque rôle militaire – qu’il soit un service de combat aux checkpoints ou un travail dans les bureaux militaires de Tel-Aviv – comme complice du crime qui est entrain d’être commis ici.
 « La noblesse de notre métier s’enracinera toujours dans deux engagements, difficiles à maintenir : le refus de mentir sur ce que l’on sait, et la résistance à l’oppression ».

 

 

 

Le 20 décembre 2003.

 

 

 

Texte traduit par  Tatiana Honegger, Collectif Urgence Palestine-Vaud.

Paru dans la revue « Entre les Lignes » N° 6 décembre 2004,

Editée par le Collectif Urgence Palestine-Vaud.

Avec leur fraternelle autorisation de le faire largement connaître aujourd’hui.

 

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Rehan 21/09/2007 11:57

C'est vrai que les dissidents sont minoritaires. Leur combat en est-il moins légitime ?Comme d'habitude, aucun argument n'est apporté, rien n'est dit du contenu de la lettre, des tourments de ce garçon qui fit 6 mois de prison pour avoir refusé d'opprimer des civils palestiniens.On invoque toujours, de façon compulsive, les complots d' "idéologues" ; et toute personne critique à l'égard de la politique israëlienne est immédiatement accusée de malveillance (y compris lorsqu'il s'agit d'un Israëlien !). Aucune discussion, aucune réflexion - et pour cause...

Marcoroz 19/09/2007 16:55

L'auteur de cette lettre n'est représentatif que de lui-même. Les objecteurs de conscience sont extrêmement rares en Israël, mais c'est bien entendu sur ce genre d'Israélien complètement marginal que nos idéologues braquent leurs projecteurs pour servir leur sinistre propagande.