Sur la répression, lire Fabien Jobard

Publié le par D i s s i d e n c e


Pour combattre la répression, il faut la comprendre et la connaître.

Fabien Jobard est un sociologue de la répression, et il écrit des trucs intéressants.
 
(Il bosse ici : http://www.cesdip.com)


Sur les émeutes, de Villiers-le-Bel, mises en parallèle avec celles de 2005, il y a cet entretien très intéressant :
> http://contrejournal.blogs.liberation.fr/mon_weblog/2007/12/bla-bla.html


Sinon il avait fait une intervention au procès de La Rumeur sur "le silence anxiogène de la police" (sur ses propres crimes).
> http://www.mouvements.info/spip.php?article136

Un article contre Sarkozy dans Le Monde, qui prouve qu'on peut parfois dire des choses dans la presse dominante ou en tout cas, que c'est pas criminel d'y passer des articles (comme tend à le dire Acrimed).
> http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-829391,0.html

Sur la prison, http://www.passant-ordinaire.com/revue/42-461.asp

Ou encore, « La racaille en politique. Enquêtes sur les jeunes "connus des services de police"», et plusieurs autres articles importants dans Vacarme.
> http://www.vacarme.eu.org/article512.html




Et puis il y a son livre sur les bavures policières, une des rares sociologies de la police, qui reste à faire.











 
 

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Bon, trève de pub, un peu de critique.


Le type a l'air sympa, mais à plusieurs reprises on s'inquiète.


- Le point d'interrogation dans le titre du livre, c'est pourquoi ? Qu'on soit bien clair, dire "on va voir si les bavures policières ça existe vraiment", c'est déjà rejoindre le discours dominant, en faisant comme si la question se posait ! (Et donc qu'il faudrait se méfier de ces arabes qui parlent de bavures, qu'il faudrait un vrai sociologue assermenté pour voir s'ils inventent pas des conneries...). La seule chose qui peut justifier le point d'interrogation, c'est de se demander si c'est des bavures, ou des crimes.
Et la 4e de couverture nous dit que l'auteur commence par interroger "la fiabilité des récits de ceux qui se disent victimes de violence". (Et c'est le cas dans le livre.) Moi, ça me révulse des phrases comme ça. Faudrait ptet commencer par dire que la police assassine impunément depuis qu'elle existe, et que ses victimes sont en plus confrontrées à un déni constant et insupportable ! Putain depuis que Maspero a cédé le flingue, ça ramollit à la Découverte... On tire maintenant des balles en mousse pour découvrir, que Oui!! Les bavures, en fait, ça existe vraiment!!
La domination commence par la négation de la domination. Se demander, même scientifiquement, si la domination est réelle, c'est déjà porter un coup aux dominés.

- Dans l'entretien sur les émeutes, il dit en substance "Chouette, j'ai constaté que ceux qui se sont révoltés, ne le font plus après et que ça ne se reproduit pas trop dans leur quartier." Or, je vois pas du tout pourquoi monsieur le sociologue devrait nous dire que c'est bien d'arrêter les émeutes. Déjà, c'est pas son rôle (ce qui ne l'empêche pas de nous expliquer ailleurs pourquoi il souhaite que les quartiers s'apaisent), et puis surtout c'est con politiquement.
De une.

- De deux, dans le procès de La Rumeur, Fab a eu la bonne idée de dire que les propos d'Hamé (« Les rapports du ministère de l’intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété. ») étaient "outranciers". D'abord c'est faux, et ensuite on le fait venir justement pour dire que c'est scientifiquement prouvable. En disant que c'est outrancier, il valide l'idée (bourgeoise s'il en est) selon laquelle on dirait trop de mal de la police, alors que la défense d'Hamé montrait qu'il n'était pas du tout dans l'excès. (Ceci ayant été relevé, avec brio, par nos confrères d'Acontresens, dans un entretien avec le très cher Hamé.)
> http://acontresens.com/contrepoints/societe/35.html
De plus, dire que le silence de la police est "anxiogène", c'est un peu soft monsieur Jobard. La police ne rend pas anxieux, elle fout la RAGE, et pas seulement à cause de son silence, mais à cause des humiliations quotidiennes qu'elle fait subir, en toute impunité. (Ce que vous nous expliquez très bien par ailleurs.)

- Dans votre papier du Monde, vous finissez par un coup à la Bayrou : "ce qu'attendent aujourd'hui les citoyens français, qui est la garantie de leur tranquillité au quotidien, dans un Etat respectueux des libertés fondamentales - de celles des policiers comme des leurs." Nan mais c'est quoi c'est balivernes ?! C'est qui les "citoyens français" d'abord ? Comme si on pouvait mettre ensemble les humiliés et les bourges ou classes-moyennes baveuses d'envie et de racisme ! Les Français, ça n'existe pas : il n'y a que des dominé-e-s et des dominant-e-s. Et puis la sauce américaine des "libertés fondamentales", défendues par le bon citoyen, police comprise... On a assez de mal à déconstruire les mythes (France, république, démocratie, justice...) qui font tenir la domination, c'est pas pour nous servir ce genre de tarte à la crème au miel.
Alors je sais bien que c'est le Monde, mais ils vous ont pas imposé cette phrase !



Bon alors de deux choses l'une, ou bien notre ami est défois un peu limite, ou bien il fait ce qu'il peut pour tenir des positions à la fois institutionnelles et subversives. C'est ce que porte à croire le côté plus hard-core de ses articles parus dans le milieu militant (Vacarme, Passant Ordinaire, etc.).

Dans tous les cas ça nous empêche pas de le lire, avec la distance critique qui s'impose parfois.


A suivre.

Publié dans Lire

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Raf 01/03/2008 21:37

A sa décharge, ni le titre, ni la quatrième de couverture ne sont sans doute de son fait.