POUR SIGNER > http://www.lapetition.be/sign_petition.php?petid=1466
> Bonjour,
> un petit mail de reconnaissance dissidente. Nos noms de site et revue étant
> identiques à une lettre près, il se peut que des confusions apparaissent
> chez les lecteurs et visiteurs. En cas d'erreur (mails, etc.), sachez que
> nous renverrons vos visiteurs égarés à votre site et que nous vous tiendrons
> au courant.
> C'est à nous de préciser qui nous sommes, pour plus de clareté...
> Par ailleurs votre site m'intéresse dans la mesure où je mène une recherche
> sur Mai 68, plus précisément sur les libertaires et le 22 mars en Mai 68 à
> Lyon. Je vous recontacterais peut-être pour échanger sur ce point.
>
> Enfin, nous vous invitons évidemment à consulter nos ressources :
> http://dissidence.fr
> Cordialement,
> Rehan.
> ----------------------
> D i s s i d e n c e .fr
---------------------------------------
-------------------------------------
> Bonjour,
> Notre réponse est en pièce jointe. Nous attendons la vôtre avec intérêt.
> Bien à vous,
> JG Lanuque pour Dissidences
_____________________
D i s s i d e n c e n’a rien de commun avec DISSIDENCES !
En effet.
Chers confrères,
Bon.
La tonalité de votre lettre me fait dire que peu de confusions sont possibles entre nos dissidences, et je fais confiance à la qualité de perception de nos lecteurs respectifs.
Nous accusons réception de votre missive et en prendrons acte, mais face à ce qui nous paraît s’approcher de l’esprit de sérieux et de la gravitude, que peuvent répondre les post-libertaires-situs que nous tentons de ne pas être...
Sachez avant toute chose que nous ignorions l'existence de votre site et de votre revue lorsque nous avons choisi de donner une forme publique au concept politique de dissidence que nous développions. (La rencontre avec P. Corcuff date d’au moins six mois après.) Il n'y avait donc aucune offense de notre part. Excusez l’ignorance crasse dont nous avons fait preuve ; de notre côté, nous excusons déjà le ton ferme (cf. mail daté du dimanche 13 mai 2007, paragraphe 1, ligne 3) et quelque peu judiciaire de votre renvoi.
Je comprends votre sentiment dans la mesure où vous aviez la primeur du terme. Je suis néanmoins contraint de vous faire part du décalage qui m'a fait sourire à la lecture de votre courrier : je ne vois dans cette bénigne coïncidence qu'une source potentielle de petits malentendus, et pas un problème aussi sérieux que vous, semble-t-il. Peut-être est-ce là une autre forme que prend notre étourderie, mais il nous semble qu'il faille justement rester lucide : nous couvrons un très faible espace publique et nos dissidences semblent bien assez différentes pour que les lecteurs fassent vite la différence. Notre site connaît depuis peu une certaine fréquentation, c'est pourquoi j'avais entrepris de vous contacter.
Mais rassurez-vous, le secteur que nous touchons reste assez bien délimité (militants, critiques radicales...), pour éviter les confusions.
D'ailleurs, il n'y en a point eu de relevable jusqu'alors, à ma connaissance.
Je vous propose donc d'éviter pour l'instant d'entrer dans une guerre des marques, laissons ces querelles aux publicitaires. Il ne nous semble pas y avoir de nécessité impérieuse de renoncer à notre dissidence, et cette coïncidence chagrine assez peu de notre côté. Nous n'avons qu'une existence informelle, et n'envisageons pas l'avenir autrement (création d'association, d'Internationale Dissidente, etc.). Le caractère souple de notre dissidence, son faible enracinement institutionnel, devrait vous rassurer.
Enfin, comme notre démarche initiale de reconnaissance devait vous en convaincre, vous pourrez compter sur notre courtoisie et notre confiance en cas de sous-mal-entendus.
Nous préciserons qui nous sommes et qui nous ne sommes pas. Il suffira sans doute de procéder à de petits réajustements, précisions et bricolages, quand cela sera nécessaire.
Notre proposition de coexistence pacifique est-elle vraiment contraire à « l’intérêt de tout le monde » ?
Excusez au besoin l’application pratique, dans ce courrier, de notre concept de dissidence : éthique de la sincérité et sortie des cad(av)res étouffants de l’interaction normée.
Veuillez agréer vous aussi nos salutations non seulement confraternelles mais qui plus est sincères, et, parce que l'agréable c’est encore mieux que l'agrément, bisous à la rédaction de Dissidences.net et à ses amis associés.
Simplement,
Rehan (et complices).
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Lire aussi :Le désigné abstentionniste de la bande était dans la rue à Grenoble et s'est fait gazer la gueule hier dans la nuit. Dura de 21h à 1h du matin. Très bon travail des forces de l'ordre qui dès 20h45 virent "les anarchistes du siège de Carignon, le collabo local. Pourchassent les criminels jusque le plein centre où a lieu le grand rassemblement. Surprise les CRS et la BAC s'en vont. De là, on décide d'aller en banlieue "participer" aux émeutes. On se fait barrer la route par environ 300 CRS. Nous encerclent, nous gazent, sont partout. La BAC est survoltée. Vraiment nombreux, tabassent des types qui ont les mains dans les poches. Gros sentiment de révolte. Retour en plein centre par petits groupes, on parle à des RG, à des cons de flics au sourire narquois. L'un d'eux nous dit qu'on les fait bien rire depuis plus de deux heures, et qu'il n'aime pas les anarchistes. Un autre qu'il est en train de rater une série sur le cable, et qu'il aimerait bien aller se coucher. Après un moment ils nous cartonnent. Encerclé gazés, matraqués, il y en a pour tout le monde. Des arrêtés, il y en a. Et un mec qui s'est fait broyé les jambes, par une voiture de la BAC. On a croisé des gens choqués de voir comment ça partait. On a beaucoup parlé, avec des RG et des CRS, avec des anars, des socialistes, des sarkozystes... Des grosses têtes de flic. On a gueulé, etc.
Et puis soyez un peu tolérants. On croirait des socialistes putain ! Ca rime à quoi de culpabiliser les gens qui sont de votre côté ? QUI EST COUPABLE ?
Et puis j'étais là, solidaire. On a parlé à des wesh, à des anars, et eux parlaient peu entre eux. Les wesh se foutaient de la gueule des anars. Y'a quand même des barrières de malade... Mais un peu d'espoir quand même parce qu'en s'y prenant bien, on parle aux wesh et hier c'est même eux qui m'ont tenu les "discours" les plus intéressants !
Après, je pense que les abstentionistes étaient au moins aussi légitimes que les votants. Nous, dès le départ on a pas accepté les règles du jeu, alors, on n'est pas des perdants. Ceux qui ont voté Ségolène ont accepté le jeu, ont joué, ont perdu. Ils ont joué à ce jeu démocratique, et on perdu légalement, légitimement. Il fallait être dupe pour croire que c'était possible.
Les votants SR qui étaient là hier sont de mauvais perdants. Mais je ne vous condamne pas, moi ! Merci d'être là, malgré tout, on est dans la même situation. On est unis, non ? Notre révolte était juste, c'était notre justification, face à celle du suffrage universel. Vous avez pensé que peut-être on pouvait le battre. Moi pas. Je ne pense pas hier qu'il y avait les abstentionnistes qui ont tout fait foiré et les autres qui se sont compromis dans le vote Royal, pour le bien des autres. Merde, il y a pas quelques voix de différence ! 2 600 000 voix, dit-on ! Et il fallait aller voter ?
Je pense que le débat ne tourne pas en la faveur des votants avec ce résultat. Il faudrait peut-être analyser comportements et conséquences. Un flic a dit que les anarchistes qui n'avaient pas voté étaient des cons parce qu'ils refusaient la démocratie, et que les autres étaient pas cons et qu'ils avaient cinq ans pour avaler "le suppositoire". Je crois que c'est équilibré, sur le fond ? On n'en pense pas moins, à dissidence?
La police est sur le pied de garde
A deux jours du second tour de l'élection présidentielle, les policiers s'organisent. Ils comptent quadriller le territoire francilien pour contenir d'éventuels débordements, notamment en cas de victoire de Nicolas Sarkozy. « Un dispositif lourd va être mis en place, car les risques sont réels », avoue le syndicat Synergie Officiers.
Les 18e, 19e et 20e arrondissements de Paris seront particulièrement observés, tout comme la Seine-Saint-Denis. Sept à dix compagnies de CRS seront mobilisées, ainsi que des gendarmes mobiles, prêts à intervenir « en renfort en cas de besoin », confirme la préfecture de police de Paris. Un hélicoptère doté de moyens de surveillance nocturne sera mis à la disposition de la police, a-t-on appris hier. A la cité des 4 000 de La Courneuve, les CRS sont déjà déployés à grande échelle, selon l'association Africa.
Dimanche soir, les forces de l'ordre se concentreront aussi autour de Matignon, de l'Assemblée nationale, du Sénat, de l'Elysée, mais aussi à Bastille et à République, « lieux de rassemblement politiques », selon Synergie. Elles seront également présentes aux Halles et dans les gares de Lyon et du Nord « pour filtrer » les arrivants de banlieue.
La Seine-Saint-Denis est très observée par les Renseignements Généraux, et des policiers locaux sont « persuadés qu'il y aura des affrontements ». Selon l'un d'entre eux, les soixante voitures brûlées le soir du premier tour dans le Nord-Est parisien n'étaient qu'un « avant-goût ». Du côté des associations, on assure au contraire que le risque est faible, pour éviter de donner des idées aux casseurs.
Suite à l'excellent article qui suit de Raf, je propose pourquoi pas qu'on écrive ensemble une lettre de ce genre à la presse. Une lettre virulente mais fondée à ces journalistes conquis qui font comme s'ils avaient tout compris et qui endorment l'esprit d'une même idéologie pourrie.
Je pense qu'on ne devrait pas rentrer là dedans et jouer au grand jeu des médias. Mais si on leur dit d'emblée que c'est une concession, que ça nous embête de faire ce qu'on fait (comme Corcuff quand il explique pourquoi il vote Royal) ? Et puis on ne sera sûrement pas publié, faut pas rêver. En fait en lisant Raf je me suis dit que ce qu'il dit, il faudrait leur dire. Il faudrait montrer que la rupture, la cassure générationnelle et idéologique ne nous laisse plus dupes de leurs appartenances et convictions morales. Qu'une nouvelle éthique politique vit en dehors d'eux.
Tant pis si ça tombe dans l'oreille de sourds. Car ils sont sourds ceux qui nous disent ce que les autres leur ont dit. Mais le mieux serait peut-être de parler aux électeurs... Attendre les résultats du second tour ? Dites moi si je mégarde, car je pressens aussi que c'est inutile.
Dazibao
« C’est quoi ?
- un mot chinois y paraît.
- ouai bon, à la limite, mais ça veut dire quoi ?
- ben…c’est du chinois, on y comprend rien ! »
N’en restons pas là, c’est peut être du chinois, mais il est possible que ce soit dissident, alors ça peut nous parler.
De 1966 à 1979, les murs de Pékin, mais aussi d’autres cités interdites de l’Empire chinois, ont été ponctuellement recouverts d’affiches aux caractères subversifs qui tentaient d’entretenir apparente la tension née de la nécessité de lutter et de résister.
Ce mode d’affichage illégal était un véhicule d’informations et se présentait parfois sous la forme d’une page de journal « artisanal » collé au mur, d’une image, ou encore d’une simple phrase.
L’illégalité de l’action tenait à la fois au mode d’affichage, un affichage sauvage, dans des lieux publics comme privés, mais également aux propos et aux informations détenues dans ce qui pouvait parfois ressembler fortement à des pamphlets. Ce genre de manifestations est également visible dans le Tag, sauf que dans ce dernier, le message et l’information qu’il renferme sont totalement absconds pour beaucoup, et tout juste cons pour encore plus. Quand je suis remonté à Lille (subtil introduction de l'anecdotique...), j’ai revu des potes grapheurs (ONIR, PMU et NEKO), on discutait du Tag et on parlait de la propriété, PMU et NEKO me disaient qu’ils ne taguaient pas sur des maisons, c'est-à-dire, pas sur ce qu’ils appelaient « l’espace privé » (en opposition à espace public, qui est à tout le monde), alors ONIR (grand lecteur de Boris Vian à ses heures retrouvées ou perdues) entre dans la conversation en citant Proudhon « La propriété c’est le vol »…je ne poursuis pas plus loin ce couplet sur l’éloge de la subversivité du Tag, qui est bien trop souvent récupérée, anesthésiée, voire annihilée.
D’abord vous allez me dire que ce n’est pas nouveau, on me parlait à juste titre du journal Mur-Mur qui se frayait une chronique sur les murs de Grenoble pendant Minatec.
Je ne connais pas ce « journal d’information direct », comment était il organisé etc…
Si vous avez des infos, je suis preneur.
A côté de ça, il y a les actions anti-pub, les déboulonneurs etc…Des gens qui entrent dans l’illégalité parce qu’ils s’attaquent ouvertement au matraquage publicitaire, lequel est, dans un cas sur trois, illégal. Ils s’attaquent donc à ces panneaux illégaux et ont par exemple comme revendication de réduire l’affichage publicitaire à 50 x 70 (je crois que c’est ça…).
Tout en étant solidaire de leur lutte, je n’en démords pas, qu’il soit légaux ou non, qu’ils fassent 50 x 70 ou moins, que le « seuil » de supportabilité soit dépassé ou non, je pense qu’il faut s’attaquer à ce media qui, au sein du panthéon des véhicules et des relais des enjeux de dominations, figure parmi les plus abrutissants, les plus avilissant qui soient.
Rosa Luxembourg ou les situationnistes véhiculent cette même idée de la perturbation du lien social, d’interrogation de la norme, non pas de sa destruction, mais bien de son ébranlement, de son déplacement. Parce ce que c’est dans cet interstice où le décalage implique une remise en question, consciente ou non, brève ou non, que peut germer la prise de conscience.
Une amie, étudiante en psychologie, m’a déjà suggéré quant à ce genre de « chocs » qu’ils pouvaient générer une violence psychologique, pouvant se révéler ingérable (racisme, xénophobie etc…ou encore comportements violents reflétant la violence ressentie) et que de plus, c’est quelqu’un qui choisissait d’imposer à un autre cette violence, elle avait l’air de me dire « au nom de quoi imposer cette violence ? ». Elle désapprouvait ce genre d’initiatives.
Et pourtant…retournant contre elle ses propres armes ; tout ce qui se passe dans le psychisme et dans l’inconscient doit s’exprimer, d’une manière ou d’une autre. La violence est là, quel soit physique, visuelle ou symbolique, et la nier, la taire et l’empêcher de s’exprimer aurait, on peut le penser, des répercussions bien plus dangereuses pour le réseau social. Alors oui, il s’agit d’imposer, ou plutôt de s’imposer, il s’agit d’imposer cette perturbation tout comme l’on s’impose quotidiennement aux autres (enfin, c’est plus eux qui s’imposent à moi en général…). Et puis cette perturbation n’est qu’une porte que l’on ouvre, ce n’est qu’une possibilité, pas une obligation ou une attaque…l’attaque n’est pas portée contre la personne elle-même, mais contre un fonctionnement qu’elle porte et qui la penche vers la terre.
L’autre question qui s’impose, dans quelle mesure peut on considérer qu’une dynamique subversive et contestataire n’est pas elle-même une sous-pape de ces tensions, un moyen d’exprimer et d’expulser cette violence, tant que celle-ci n’a pas changer ou renverser l’ordre établi ?
Peut être que pour vous la réponse apparaît comme évidente, je pense que la question est utile et nécessaire, attaquons nous à l’évidence, aux évidences, que ce soient celles des autres ou les nôtres.
Voila une idée, j’attends ce que vous en pensez : pratiquer l’affichage illégal et régulier de textes, d’images, de photos, de dessins, de phrases. Je ne parle évidemment là d’aucune organisation, chacun affiche ce qu’il veut, en nombre d’exemplaires réduit, peut-être parfois unique. Je parlais des déboulonneurs, parce que je pense que s’attaquer à l’affichage publicitaire, le recouvrir, est cohérent avec ce moyen de diffusion, et parce que ces dernières ont un statut privé/public mal défini. Que ce soit clair, je ne préconise cette cible que parce qu’elle me semble stratégique, d’autres le sont aussi, qu’elles soient privées ou publiques. Ces affiches auraient pour but de mettre à profit la créativité de ceux qui les font et la réactivité de ceux qui les voient, qui les regardent, qui les lisent. Parce que « créer c’est résister… ». Par ce biais, on trouverait le moyen de résister sans militer. Pas de sigles, pas de logos, pas d’adresses, pas de noms sinon ironiques…
Les écueils à éviter peuvent être nombreux, comme celui de remplacer la pub par une autre pub, cette action se voudrait à la fois non moralisante et claire, il serait question de ne pas détruire le lien social (comme le suscite parfois le Tag sur des gens qui ne comprennent pas pourquoi, et donc s’en éloignent) mais de créer et générer une interaction qui entraînerait une remise en cause des conventions sociales et de l’évidence.
Je ne crois pas qu’il puisse exister d’autres moyens, plus puissants que l’art pour susciter ce trouble. Celui qui ne tente pas de convaincre ou de manipuler, parce que l’art n’a rien à prouver.
Peut-être certains d’entre vous vont considérer cette solution comme « bien gentille » mais totalement inefficace et à la portée microscopique. Cependant je crois que c’est un mode de lutte qui illustre très bien la résistance que nous sommes forcés de porter.
veni, vedi, dissidi.
En Mai 68, ceux que l'on appella les inscrivains, donnèrent la parole aux murs. 40 ans après, c'est affligeant de constater qu'on aît tous oublié ce mode d'action hautement politique.
Pas tous. Une lycéenne nous envoie trois photos, et ce texte :
-------------------------------------------------------------------------------------------
Extrait de l'article 322-1 du code pénal (Partie Législative)
« La destruction, la dégradation ou la détérioration d'un bien appartenant à autrui est punie de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende, sauf s'il n'en est résulté qu'un dommage léger. Le fait de tracer des inscriptions, des signes ou des dessins, sans autorisation préalable, sur les façades, les véhicules, les voies publiques ou le mobilier urbain est puni de 3 750 euros d'amende et d'une peine de travail d'intérêt général lorsqu'il n'en est résulté qu'un dommage léger. »
Bon voilà ce qu’on aurait pu encourir… C’est un peu démesuré tout de même. Mais on l’a fait. Et puis faut dire qu’on n’y pensait pas trop avant, on ne voyait que l’action. Avoir l’idée, la réaliser, c’était un peu ce qui nous obsédait en ce moment, parce qu’on entend plein de choses, on est contre et c’est bien joli, mais agir c’est quand même mieux…
L’idée, c’est un peu ce site, Dissidence.fr, qui en donnait l’envie. Et de l’envie au projet, c’est pendant les retours en bus du lycée que ça s'est concrétisé, là où on ne peut justement rien faire, où les idées mûrissent grâce à la léthargie d’après cours. Agir ! Ça faisait longtemps qu’on en parlait ! Alors, après les tracts au CDI, c’était plus fort qu’on voulait frapper. Qu’il n’y ait non pas une trentaine de lycéens touchés mais un village de 3 800 habitants très majoritairement de droite (extrême) et 2 000 automobilistes frontaliers qui y passent chaque jour. Alors, c’est une inscription qu’il faut ! Mais il faut qu’elle détone des tags racistes, et pour marquer la différence entre des graffiti rapides, qui n’ont d’autres intérêts que l’acte en lui même, on voulait cumuler « acte de vandalisme », signification percutante et réalisation graphique classique, les lettres attachées. Tout ça, histoire d’attirer les regards et de les amener à y voir autre chose qu’un tag habituel. Pour être lu sérieusement quoi de mieux qu’un écrivain sérieux et indiscuté ? D’abord Musset s’imposait : « Qu’importe la conscience, si le bras est mort ? ». Elle nous semblait parfaite cette phrase, pas trop virulente, politiquement plutôt neutre, et bien générale. Hélas, un petit problème technique intervient : un brouillon dans une poche, le jean lavé, les poches vidées, une maman qui lit… et une nouvelle phrase à rechercher. Alors le vandale, ce sera Victor Hugo !
Vu le personnage et sa légitimité, ça sera un peu dur à blâmer… La phrase choisie, on se procure une bombe aérosol, et tant qu’à faire, pour s’inscrire totalement dans la logique, on la vole. C’est le premier acte illégal qui nous condamne à aller jusqu’au bout.
On fixe la date, le 11 avril, pendant les vacances, avec un petit alibi gentillet pour les parents : voir « Kill Bill » chez le complice ! Le film est sympa, mais on a la tête ailleurs, le réveil sera à 2h00. Pas la peine de dire qu’on essaie de dormir avant, en vain, vu l’excitation. 2h00, ça y est. Survet’, bonnet, capuche, la bombe dans un sac. On sort discrètement, le stress nous brasse bien le ventre, et après 20 minutes de marche, on commence direct sur le mur de la grand’ rue, bien éclairée. Une voiture nous interrompt, on court, on se cache, et on recommence…
Un autre mur puis un autre. Personne. Tout s’est bien passé. Mais mine de rien y’a du trafic à 2h30 !
A 3h00 on est rentrés, c’est parti pour la nuit blanche ! Le lendemain, on sent que les autres et nous mêmes avons quelques choses à nous reprocher, on fait parti des « délinquants » en quelques sortes, on va être responsables de la réaction mécontente des gens. Rô ! Ben ouais, c’est nous, et alors ? Maintenant faut assumer. Quelques jours après, ma mère me demande « T’as vu les inscriptions de Victor Hugo ? », « Ah non ! Où ça ? C’est bizarre Victor Hugo ici !» et puis plus rien. Re-belote, le lendemain « C’est quand même marrant ces phrases dans C*** ! » Petits rires intérieurs mais mine désintéressée… si elle savait ! On en entend parler autour de nous, au lycée… « Tiens ! L’insurrection approche ! ».
Mais finalement pourquoi on a fait ça ? On doute. Est-ce que ce n’est pas un simple moyen « de se sentir vivre » pour des jeunes désabusés, plutôt qu’une réelle marque de conscience réfléchie, même si on est d’accord avec le principe et l’action ? Mais bon, les gens ne se posent pas cette question, alors peut-être que ça en fera réfléchir un deux minutes, ou plus longtem'ps. Peut être que ça leur montrera qu’il n’y a pas que des attentistes à C***, ou peut-être encore que ça leur rappellera des souvenirs de leurs jeunesse autrefois un peu plus engagée, disparue. Au fil des jours s’égrainent les souvenirs comme des cheveux morts, laissant apercevoir le crâne dégarni de l’inaction.