L'esprit de Mai n'est pas mort

Publié le par D i s s i d e n c e

 

En Mai 68, ceux que l'on appella les inscrivains, donnèrent la parole aux murs. 40 ans après, c'est affligeant de constater qu'on aît tous oublié ce mode d'action hautement politique.

Pas tous. Une lycéenne nous envoie trois photos, et ce texte :


 

 

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Extrait de l'article 322-1 du code pénal (Partie Législative)

« La destruction, la dégradation ou la détérioration d'un bien appartenant à autrui est punie de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende, sauf s'il n'en est résulté qu'un dommage léger. Le fait de tracer des inscriptions, des signes ou des dessins, sans autorisation préalable, sur les façades, les véhicules, les voies publiques ou le mobilier urbain est puni de 3 750 euros d'amende et d'une peine de travail d'intérêt général lorsqu'il n'en est résulté qu'un dommage léger. »

 

Bon voilà ce qu’on aurait pu encourir… C’est un peu démesuré tout de même. Mais on l’a fait. Et puis faut dire qu’on n’y pensait pas trop avant, on ne voyait que l’action. Avoir l’idée, la réaliser, c’était un peu ce qui nous obsédait en ce moment, parce qu’on entend plein de choses, on est contre et c’est bien joli, mais agir c’est quand même mieux…

 

L’idée, c’est un peu ce site, Dissidence.fr, qui en donnait l’envie. Et de l’envie au projet, c’est pendant les retours en bus du lycée que ça s'est concrétisé, là où on ne peut justement rien faire, où les idées mûrissent grâce à la léthargie d’après cours. Agir ! Ça faisait longtemps qu’on en parlait ! Alors, après les tracts au CDI, c’était plus fort qu’on voulait frapper. Qu’il n’y ait non pas une trentaine de lycéens touchés mais un village de 3 800 habitants très majoritairement de droite (extrême) et 2 000 automobilistes frontaliers qui y passent chaque jour. Alors, c’est une inscription qu’il faut ! Mais il faut qu’elle détone des tags racistes, et pour marquer la différence entre des graffiti rapides, qui n’ont d’autres intérêts que l’acte en lui même, on voulait cumuler « acte de vandalisme », signification percutante et réalisation graphique classique, les lettres attachées. Tout ça, histoire d’attirer les regards et de les amener à y voir autre chose qu’un tag habituel. Pour être lu sérieusement quoi de mieux qu’un écrivain sérieux et indiscuté ? D’abord Musset s’imposait : « Qu’importe la conscience, si le bras est mort ? ». Elle nous semblait parfaite cette phrase, pas trop virulente, politiquement plutôt neutre, et bien générale. Hélas, un petit problème technique intervient : un brouillon dans une poche, le jean lavé, les poches vidées, une maman qui lit… et une nouvelle phrase à rechercher. Alors le vandale, ce sera Victor Hugo !



 
 

Vu le personnage et sa légitimité, ça sera un peu dur à blâmer… La phrase choisie, on se procure une bombe aérosol, et tant qu’à faire, pour s’inscrire totalement dans la logique, on la vole. C’est le premier acte illégal qui nous condamne à aller jusqu’au bout.

 

On fixe la date, le 11 avril, pendant les vacances, avec un petit alibi gentillet pour les parents : voir « Kill Bill » chez le complice ! Le film est sympa, mais on a la tête ailleurs, le réveil sera à 2h00. Pas la peine de dire qu’on essaie de dormir avant, en vain, vu l’excitation. 2h00, ça y est. Survet’, bonnet, capuche, la bombe dans un sac. On sort discrètement, le stress nous brasse bien le ventre, et après 20 minutes de marche, on commence direct sur le mur de la grand’ rue, bien éclairée. Une voiture nous interrompt, on court, on se cache, et on recommence…

 

Un autre mur puis un autre. Personne. Tout s’est bien passé. Mais mine de rien y’a du trafic à 2h30 !

 

A 3h00 on est rentrés, c’est parti pour la nuit blanche ! Le lendemain, on sent que les autres et nous mêmes avons quelques choses à nous reprocher, on fait parti des « délinquants » en quelques sortes, on va être responsables de la réaction mécontente des gens. Rô ! Ben ouais, c’est nous, et alors ? Maintenant faut assumer. Quelques jours après, ma mère me demande « T’as vu les inscriptions de Victor Hugo ? », « Ah non ! Où ça ? C’est bizarre Victor Hugo ici !» et puis plus rien. Re-belote, le lendemain «  C’est quand même marrant ces phrases dans C*** ! » Petits rires intérieurs mais mine désintéressée… si elle savait ! On en entend parler autour de nous, au lycée… « Tiens ! L’insurrection approche ! ».

 


 

 


 

Mais finalement pourquoi on a fait ça ? On doute. Est-ce que ce n’est pas un simple moyen « de se sentir vivre » pour des jeunes désabusés, plutôt qu’une réelle marque de conscience réfléchie, même si on est d’accord avec le principe et l’action ? Mais bon, les gens ne se posent pas cette question, alors peut-être que ça en fera réfléchir un deux minutes, ou plus longtem'ps. Peut être que ça leur montrera qu’il n’y a pas que des attentistes à C***, ou peut-être encore que ça leur rappellera des souvenirs de leurs jeunesse autrefois un peu plus engagée, disparue. Au fil des jours s’égrainent les souvenirs comme des cheveux morts, laissant apercevoir le crâne dégarni de l’inaction.

 

 

 

Anne Onyme

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D'autres photos de guérilla ludique ici :
http://dissidence.libre-octet.org/regarder/glad.html

 

Publié dans Agir

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Pépita 25/04/2007 19:34

Bravo pour la reflexion avant d'agir, bravo pour l'action et bravo aussi pour le doute après-coup : ça c'est une démarche intelligente!C'est vrai que c'est une petite action mais ça a l'air d'avoir une certaine visibilité alors pourquoi pas, si les gens en parlent c'est un début de situation!... Pourquoi pas une manière de se lancer dans des choses de plus grande envergure? Et puis dernière chose, tous les moyens sont bons pour se sentir vivre, alors bravo encore!